
Dans un monde saturé de contenus sponsorisés, de publicités ciblées et de reach acheté, le GEO propose un retour aux fondamentaux : produire du contenu de qualité, sourcé, crédible, et utile. Non pas pour manipuler les algorithmes, mais pour servir les journalistes, les communautés, et in fine, les publics.
J’ai assisté ce matin à une conférence, intitulée « GEO : Quand les RP flirtent avec l’IA » organisée par le Cercle de la Presse à Strasbourg, qui a approfondie ma compréhension du changement de paradigme dans le référencement. En voici ma synthèse.
Certains disent que ce que nous vivons est une vraie révolution copernicienne :
Xavier Lirhmann cite Yuval Noah Harari : « La création de l’IA est plus importante que l’invention de l’imprimerie ou même de l’écriture. »
Le fondateur d’Anthropic, Darien Modey dit quant à lui : « L’humanité est sur le point de recevoir un pouvoir quasi inimaginable. Nous n’avons pas de temps à perdre. »
La fin d’une époque : bienvenue dans l’ère du « zéro clic »
Commençons par un chiffre que j’ai déjà cité dans mes écrits précédents : près de 60 % des recherches se terminent désormais sans clic. Pendant que nous optimisions frénétiquement nos positions sur Google, le terrain de jeu était en train de changer sous nos pieds.
Les intelligences artificielles génératives ne renvoient plus vers une liste de liens. Elles formulent une réponse unique issue d’un prompt (une question), synthétisée à partir de multiples sources.
Et c’est là que tout bascule : être bien positionné ne suffit plus. Il faut être cité dans la synthèse.
Pire encore (ou mieux, selon le point de vue) : les conversions après une interaction avec une IA sont 10 fois supérieures à celles des recherches traditionnelles. Autrement dit, ceux qui sauront se positionner dans ces nouveaux flux conversationnels ne perdront pas seulement moins de trafic, ils en gagneront et de meilleure qualité.
Le GEO : Le SEO change d’échelle
C’est ici qu’intervient le concept central de la conférence : le GEO, pour Generative Engine Optimization (ou Global Earned Optimization selon l’angle choisi).
Comme l’a formulé Xavier Lirhmann: « Le SEO structure, le GEO orchestre. »
Le SEO nous a appris à penser « ranking » ( être premier sur un mot-clé). Le GEO nous demande de penser « résonance », c’est-à-dire, être repris, cité, considéré comme une source fiable par les moteurs génératifs et par les journalistes, les communautés, les décideurs.
Cette continuité n’est pas une révolution brutale, mais un élargissement. Les fondamentaux restent : performance technique, structuration sémantique, autorité.
L’échelle change. On ne vise plus seulement la SERP, on vise l’écosystème entier des conversations — médias, podcasts, newsletters, forums, et désormais, les IA.
Les quatre piliers du GEO
Le cadre proposé repose sur quatre piliers opérationnels :
1. Découvrabilité
Il ne s’agit plus seulement d’apparaître dans les résultats, mais d’être trouvable au bon moment, par les bons acteurs : journalistes, influenceurs, communautés professionnelles. Cela passe par des points d’entrée multiples, des formats adaptés, et une distribution intelligente alignée sur les rythmes éditoriaux
2. Crédibilité
Les IA privilégient les sources « considérées comme vérifiées ». Fini le temps où le volume suffisait. Désormais, c’est E-E-A-T (Expertise, Experience, Authority, Trust) qui fait loi. Cela signifie : données sourcées, experts identifiés, citations croisées sur des plateformes d’autorité.
Comme le souligne Xavier : « Volume n’est pas égal à autorité. »
3. Cohérence
Votre narration doit être unifiée sur tous les points de contact : site institutionnel, newsroom, réseaux sociaux, dossiers de presse, interventions publiques. Les IA (et les journalistes) détectent immédiatement les incohérences de chiffres, de définitions ou de positionnement.
4. Mesure
Exit les vanity metrics du trafic organique. Place aux KPIs de l’earned impact : nombre de citations, profondeur des mentions, qualité des reprises dans les médias de référence, requêtes de marque générées après exposition dans une IA.
Alors, on écrit pour les machines ?
Xavier Lirhmann a insisté sur une règle simple : « La base, c’est la source. »
Concrètement ? Les IA ingèrent, tokenisent, puis « fan-out » : Elles déclinent une source en multiples sous-réponses adaptées à différents contextes. Pour maximiser vos chances d’être citées, vous devez structurer vos contenus en couches et sous-couches :
- Résumés exécutifs
- Points-clés immédiatement extractibles
- Q&A clairement balisées
- Claims sourcés et datés
- Schémas JSON-LD pour les métadonnées (dates, auteurs, catégories)
- Performance technique irréprochable (temps de chargement < 2 secondes — « les IA n’attendent pas 4 ou 5 secondes »)
Mais attention : écrire pour les LLM ne signifie pas déshumaniser ses contenus. Au contraire, cela impose de produire des textes encore plus clairs, mieux structurés, plus accessibles.
Le « Earned Content Stack » : votre arsenal GEO
Une autre notion forte : le Earned Content Stack. Il s’agit d’un ensemble d’actifs réutilisables, prêts à activer selon les opportunités :
- Fiches experts (bio, parcours, citations)
- Datasets clés et chiffres sourcés
- Visuels téléchargeables en haute définition
- Mini-kits de presse modulables
- FAQ anti-intox
- Chronologies d’événements
Alors, comment faire dès demain ?
3 actions concrètes à mettre en place immédiatement :
- Cartographiez votre écosystème earned : identifiez 30 médias, 20 journalistes, 10 newsletters, 10 podcasts, 5 communautés pertinentes pour votre secteur. Impossible d’orchestrer sans connaître la scène.
- Construisez votre Earned Content Stack : préparez fiches experts, datasets, citations, visuels. Rendez votre contenu « LLM-ready » et facilement activable par les médias.
- Accélérez la performance technique : testez la vitesse de votre site (objectif < 2 secondes), implémentez des schémas JSON-LD, balisez sémantiquement vos contenus. Les IA privilégient les sources rapides et clairement structurées.
Je laisse le mot de la fin à Xavier Lihrmann : « Le GEO n’achète pas l’attention, il mérite l’attention. »