
Quel est le rôle d’un incubateur en Pays de la Loire ?
OL : Bonjour Paul, L’incubateur IMT Atlantique est présent sur trois campus (Brest, Nantes, Rennes) et accompagne plus de 40 startups par an. Comment l’incubateur se distingue-t-il des autres structures d’accompagnement en Pays de la Loire, notamment par son ancrage académique et technologique ?
PLB : « L’incubateur IMT Atlantique se distingue d’abord par son ancrage académique fort et sa dimension technologique affirmée.
Présent sur les campus de Brest, Nantes et Rennes, il s’appuie sur les laboratoires de recherche et les plateformes technologiques de l’école, tout en maintenant une forte proximité avec les écosystèmes territoriaux.
Notre mission est de faire émerger et accompagner les innovations deeptech et technologiques à impact, issues ou en lien avec la recherche publique et les filières industrielles de l’Ouest. Là où d’autres structures se concentrent sur la dynamique entrepreneuriale pure, nous intervenons à l’intersection du monde scientifique, industriel et entrepreneurial.
Cette posture hybride, à la fois académique, pragmatique et orientée marché, fait de nous un acteur complémentaire des incubateurs généralistes ou territoriaux.
OL : L’incubateur IMT Atlantique se concentre sur des domaines comme le numérique, l’énergie, la mer, l’environnement, la santé/bien-être et l’industrie du futur. Quels sont les critères de sélection des projets pour s’assurer qu’ils s’inscrivent bien dans ces domaines d’excellence ?
PLB : « Nos 6 grands domaines d’excellence (numérique, énergie, mer, environnement, santé/bien-être et industrie du futur) reflètent les axes de recherche de l’école.
La sélection se fait via un jury mixte composé de représentants de l’incubateur, d’enseignants-chercheurs et de partenaires économiques (agences de développement économique, banques, financeurs de l’incubateur, experts techniques).
Nous évaluons chaque candidature selon plusieurs critères :
- Lien avec les domaines d’expertise d’IMT Atlantique,
- Maturité technologique (souvent via les niveaux TRL),
- Potentiel d’impact sociétal et environnemental,
- Capacité de l’équipe à exécuter le projet,
- Adéquation entre le besoin du projet et nos ressources d’accompagnement.
Cette approche permet d’assurer une cohérence entre les projets incubés et la stratégie scientifique d’IMT Atlantique.«
OL : Vous mentionnez un accompagnement personnalisé, de l’idée aux premières phases de croissance. Peux-tu nous décrire concrètement les étapes clés de cet accompagnement et les outils mis à disposition des startups ?
PLB : « L’accompagnement s’articule autour de 3 parcours progressifs :
- Bac à sable (3-4 mois) : formaliser l’idée, tester un premier usage.
- Pré-incubation (6 mois) : structurer l’équipe, valider les premiers marchés.
- Incubation (jusqu’à 2 ans) : consolider la technologie, franchir les TRL, préparer l’industrialisation.
Chaque porteur bénéficie d’un suivi individuel régulier avec un startup manager( RDV en moyenne toutes les 5 semaines selon avancement du projet), de sprints thématiques (financement, PI, go-to-market…), d’ateliers / formations collectifs et d’un accès privilégié aux experts IMT Atlantique et à nos partenaires.
Notre objectif est d’assurer un passage fluide de la recherche à l’entreprise, en sécurisant les étapes critiques : preuve de concept, premier client, levée de fonds, industrialisation.
OL : IMT Atlantique s’appuie sur un réseau d’expertise académique et de partenaires industriels. Comment ce réseau est-il mobilisé pour favoriser l’innovation et la croissance des startups accompagnées ?
PLB : « Notre réseau constitue une force majeure : il combine les équipes de recherche d’IMT Atlantique, un tissu industriel dense et les acteurs institutionnels régionaux (BPI France, Atlanpole, RDI Pays de la Loire, Réseaux Initiative & Entreprendre, France Active, etc.).
Concrètement, nous mobilisons ce réseau à travers :
- des ateliers et mises en relation ciblées avec des chercheurs des PUI dont l’école est membre fondateur ou partenaire ou des partenaires industriels,
- le relai d’invitations à des événements totems favorisant la rencontre entre alumni, grands groupes et startups,
- des connexions business avec d’autres incubateurs ou accélérateurs du territoire.
L’objectif est simple : accélérer les coopérations et l’accès au marché pour les startups accompagnées.
OL : IMT Atlantique est fortement ancré dans les écosystèmes locaux. Quels sont les principaux impacts mesurables de l’incubateur sur le développement économique et technologique des Pays de la Loire ?
PLB : « Depuis 1998, près de 300 entrepreneurs ont été accompagnés, générant plus de 2700 emplois nets et contribuant activement à la vitalité économique de l’Ouest.
Nous jouons un rôle de catalyseur territorial : nous attirons des projets deeptech sur le territoire, créons des synergies entre entreprises établies et jeunes pousses, et favorisons la circulation des talents entre recherche et industrie.
L’impact se mesure aussi par la création et la structuration de filières émergentes, par exemple autour de l’énergie renouvelable, de la cybersécurité ou de la santé numérique. »
OL : Plusieurs startups accompagnées ont réalisé des levées de fonds importantes (ex : Acklio, Kermap). Quels sont les dispositifs proposés par l’incubateur pour aider les startups à accéder à des financements publics et privés ?
PLB : « Notre rôle est d’aider les startups à structurer leur stratégie de financement.
Nous accompagnons la préparation aux dispositifs publics (SIA, BFT, i-PhD/i-Lab, Deeptech Founders, etc.) en intervenant sur la co-rédaction avec les porteurs de leurs dossiers de financement et connectons les projets aux fonds d’investissement partenaires et réseaux de VC/ business angels.
Plusieurs success stories illustrent cette dynamique – comme Acklio, shopopop, Imascap, Elwave ou Kermap, ou encore plus récemment Etteliot issues de l’écosystème IMT Atlantique – qui ont su lever des fonds significatifs grâce à une préparation rigoureuse, amorcée dès l’incubation.«
OL : L’incubateur bénéficie de la proximité avec les étudiants et les laboratoires de recherche d’IMT Atlantique. Comment cette collaboration se traduit-elle concrètement dans l’accompagnement des startups ?
PLB : « C’est l’un de nos marqueurs distinctifs : l’incubateur s’appuie directement sur la communauté scientifique et étudiante d’IMT Atlantique.
Les startups peuvent bénéficier :
- de stages, projets d’élèves-ingénieurs ou doctorants,
- d’un accès aux plateformes techniques et laboratoires,
- de l’expertise de chercheurs associés au projet.
Cela favorise le transfert de connaissances, mais aussi l’émergence de projets à la croisée de la science et du marché.
OL : L’incubateur couvre à la fois la Bretagne et les Pays de la Loire (Le Mans, Rennes, Nantes, Vendée). Quelles sont les spécificités de cet accompagnement birégional et comment l’incubateur tire-t-il parti des dynamiques locales de chaque territoire ?
PLB : « Être présent en Bretagne et en Pays de la Loire est un atout : cela permet de couvrir deux écosystèmes complémentaires.
Rennes et Brest sont historiquement ancrés sur les technologies numériques et maritimes, tandis que les Pays de Loire s’affirment sur l’industrie, l’énergie et l’environnement.
Cette implantation multi-territoriale permet à chaque porteur de bénéficier des meilleures expertises régionales, tout en favorisant la mobilité inter-campus et les coopérations birégionales.
OL : L’incubateur utilise une grille d’évaluation pour mesurer l’impact des startups accompagnées. Quels sont les indicateurs clés de succès et comment l’incubateur s’assure-t-il que les projets ont un impact sociétal et environnemental positif ?
PLB : « Nous évaluons la performance de nos startups sur plusieurs indicateurs :
- Création d’emplois et levées de fonds,
- Maturité technologique atteinte (TRL),
- Croissance du chiffre d’affaires,
- Impact sociétal et environnemental.
Nous avons également intégré des critères liés à la responsabilité et à la durabilité, en cohérence avec les valeurs d’IMT Atlantique.
Chaque startup est ainsi invitée à mesurer son impact global, au-delà de la seule performance économique, notamment par la réalisation d’une ACV.«
OL : Quels sont les grands défis et opportunités pour l’incubateur IMT Atlantique dans les 5 prochaines années, notamment en termes d’innovation technologique et d’accompagnement des startups en Pays de la Loire ?
PLB : « Les 5 prochaines années seront marquées par 3 grands axes :
- Renforcer notre accompagnement deeptech, notamment sur les projets issus des laboratoires d’IMT Atlantique.
- Accroître notre rayonnement territorial, avec une offre harmonisée entre les 3 sites et une articulation renforcée avec les partenaires économiques.
- Intégrer pleinement les transitions numérique et écologique dans tous les parcours d’accompagnement.
Nous voulons que l’incubateur IMT Atlantique affirme sa place d’acteur de référence de l’innovation deeptech à impact, capable d’allier excellence scientifique, ancrage local et ouverture internationale.«
OL : Si tu devais nous parler de 3 Startups coups de cœur incubées chez IMT Atlantique ?
1. Renardo, d’abord, pour la résilience remaquable de sa porteuse depuis son arrivée en septembre 2024 à l’incubateur, Jessie Coiffard, et la pertinence technologique du projet. En s’attaquant au développement de l’électronique embarquée, Renardo aborde un sujet exigeant, souvent réservé à de grands groupes, et parvient à le rendre accessible, modulaire et industrialisable rapidement. C’est une jeune pousse qui allie vision industrielle et agilité entrepreneuriale : un bel exemple de ce que l’incubation IMT Atlantique peut apporter à un projet à visée deeptech.
2. Meet Magnet, ensuite, portée par une équipe jeune (Matthias Robert et Etienne Douillard) et extrêmement volontaire, qui développe une solution de prospection B2B dopée à l’IA. Leur démarche est intéressante à plusieurs titres : ils ont su travailler dès leurs 1ers mois d’incubation au printemps 2025 en lien direct avec un laboratoire de recherche d’IMT Atlantique à Brest pour optimiser leur brique technologique, et ont récemment remporté le Prix Innovation IMT Atlantique 2025 lors du Startups & Innovation Day. C’est une belle preuve de maturité pour une startup née il y a à peine un an.
3. Enfin, OptimPharma, l’une des toutes jeunes entrées à l’incubateur, qui s’attaque à un véritable besoin du terrain dans le secteur hospitalier. Sa fondatrice, Soumeya Ben Aïssa, capitalise sur vingt ans d’expérience en pharmacie hospitalière pour digitaliser la gestion des retours de médicaments dans les pharmacies hospitalières. Un projet à fort impact, très ancré dans les réalités métiers et qui s’inscrit dans une verticale santé émergente particulièrement dynamique à Nantes.
3 projets, 3 approches, mais une même énergie : celle d’entrepreneurs qui font bouger les lignes, en lien étroit avec la recherche et les besoins concrets du marché
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