Interview de Antoine Parmentier, External relation manager – SATT Conectus

Quel est le rôle de la SATT Connectus ?

Quel est le rôle de la SATT Conectus ?

OL : Bonjour Antoine, la SATT Conectus est présentée comme un « trait d’union » entre la recherche publique alsacienne et les entreprises. Pouvez-vous nous décrire concrètement comment cette mission se traduit au quotidien, notamment dans l’accompagnement des chercheurs et des startups ?

AP : « La SATT Conectus, créée en 2012, est positionnée comme une interface entre les chercheurs publics (Actionnaires : Université de Strasbourg,  CNRS, Inserm, UHA, ENGEES, INSA) et les entreprises/entrepreneurs.

Au quotidien, cette mission se traduit par :

  • La sensibilisation et la détection des inventions auprès des chercheurs.
  • La protection intellectuelle de ces inventions, au nom des actionnaires de Conectus)
  • L’investissement en preuve de concept pour transformer ces inventions naissantes en technologies industrialisables et commercialisables sur le marché
  • La collaboration avec des entreprises pour qu’elles adoptent ces technologies ou passent des contrats avec les chercheurs.
  • La collaboration avec des entrepreneurs externes pour créer des start-up autour des technologies.
  • La gestion des contrats de recherche des laboratoires (hors CNRS) : thèses, prestations de services,…

OL : La SATT Conectus investit financièrement dans la maturation de projets innovants issus des laboratoires. Quelles sont les étapes clés pour transformer une invention de chercheur en une technologie transférable à une entreprise ou une startup ?

AP : « Le rôle de la SATT Conectus se situe avant l’incubateur dans le processus d’innovation. Nous accompagnons des projets innovants « deeptech »,
càd issus de laboratoires de recherche public et porteurs d’innovations de rupture à terme.

Les étapes clés pour transformer une invention de chercheur en technologie transférable sont :

  • Détection : soit les chercheurs viennent à la rencntre de Conectus, soit nous ou nos partenaires du PUI-A identifions un résultat de recherche pertinent Elle est initiée majoritairement par lLes chercheurs sont encouragés pour la valorisation , encouragée par la possibilité d’être copropriétaires de leur invention et de voir leurs travaux avoir une application sociétale.
  • Le chercheur échange ensuite avec Conectus pour son projet de valorisation.
  • « Maturation » :Conectus finance et gère la période de développement, de preuve de concept, pour s’assurer que les résultats sont reproductibles et peuvent être mis à l’échelle (scale-up), en utilisant l’échelle de maturité TRL (Technology Readiness Level).
  • Protection intellectuelle : Conectus assure la stratégie de protection, et gère les eventuels dépôts (brevets, marques,…) au nom des inventeurs et de ses actionnaires.
  • Transfert : sous forme de licence d’exploitation, à une startup créée pour propulser la technologie jusqu’au marché, ou à une entreprise existante.

OL : Vous intervenez dans 85 laboratoires de recherche publics alsaciens. Comment identifiez-vous les inventions les plus prometteuses et comment les chercheurs sont-ils accompagnés pour valoriser leurs travaux ?

AP : « La SATT Conectus mène un gros travail de sensibilisation dans les laboratoires pour valoriser la recherche, maintenant démultiplié par les chargés d’innovation du Pôle Universitaire d’Innovation – Alsace.

Les inventions les plus prometteuses sont identifiées selon un processus d’évaluation qui assure la pertinence, la protection et la viabilité du projet de développement et de transfert.

Les motivations des chercheurs pour valoriser leurs travaux sont multiples, et incluent :

  • La possibilité pour des thésards de poursuivre leur travail sur la recherche et ses résultats.
  • L’aide à voir une application concrète et sociétale aux résultats de leurs travaux, au-delà de la publication purement académique.

OL : Depuis 2012, Conectus a permis la création de 48 startups qui ont levé plus de 554 M€. Quels sont les principaux impacts économiques et sociétaux de ces actions sur le territoire alsacien et au-delà ?

AP : « L’impact de Conectus est explicitement lié à une mission de service public, à savoir développer l’emploi innovant en France et en Europe.

Le modèle de Conectus permet d’investir dans des projets qui ont une utilité sociétale réelle (comme celui sur l’autisme), même s’ils n’ont pas un modèle économique destiné à générer des bénéfices massifs. « .

OL : Conectus collabore avec des incubateurs, des pôles de compétitivité et des acteurs comme Quest for Change. Comment ces partenariats renforcent-ils l’écosystème d’innovation en Alsace et dans le Grand Est ?

AP : « L’écosystème alsacien et du Grand Est est une force pour Conectus. Les acteurs de l’innovation sont collaboratifs et s’entendent pour être complémentaires, travaillant au service des entrepreneurs et des chercheurs sur toute la chaine de valeur de l’innovation.

Cette collaboration permet à la région de se distinguer face à d’autres zones géographiques, notamment Paris-Saclay ou Sophia-Antipolis par exemple.« 

OL : L’Alsace est une région frontalière avec une forte tradition de recherche. Comment Conectus tire-t-elle parti de cette position géographique pour favoriser l’innovation transfrontalière, notamment avec l’Allemagne et la Suisse ?

AP : « L’Alsace bénéficie d’une force : l’écosystème d’innovation y est très collaboratif.

Concernant l’ancrage transfrontalier avec l’Allemagne et la Suisse, Conectus participe à des projets collaboratifs transfrontaliers, et l’écosystème organise des événements trinationaux, comme par exemple les trinational healthtech days, qui réunissent des start-ups deeptech des trois zones pour attirer des investisseurs qualifiés. « 

OL : Conectus investit en moyenne 327 k€ par projet innovant. Quels sont les critères pour sélectionner les projets à financer et comment aidez-vous les startups à lever des fonds supplémentaires ?

AP : « Les projets à financer sont sélectionnés sur la base de trois critères principaux :

  1. Volonté de l’équipe :L’équipe doit vouloir, au-delà de la recherche pure, aller vers le développement technologique et la création d’entreprise ou le transfert de la technologie
  2. Capacité à protéger l’invention :L’invention doit être protégeable (par brevet, secret, etc.).
  3. Potentiel marché :L’invention doit apporter un avantage que le marché est prêt à supporter, en tenant compte des conditions réelles du marché (ex. appels d’offres).

Conectus investit pour valider et développer la technologie, souvent en finançant l’embauche d’un post-doctorant/ingénieur R&D pour développer le projet vers l’échelle pré-industrielle. La technologie est ensuite transférée soit à une entreprise existante, soit à la startup créée pour l’occasion.

OL : Pouvez-vous nous citer quelques exemples de startups ou de technologies issues de Conectus qui illustrent le succès de votre modèle d’accompagnement ?

AP : « Les exemples de technologies ou de projets cités pour illustrer l’activité de Conectus sont : 

  • Un projet sur l’autisme : une solution d’accompagnement et d’aide pour les parents d’adolescents autistes, située à la frontière des sciences médicales et des sciences humaines.
  • Des recherches sur la biologie moléculaire pour les maladies rares.
  • Le développement d’un nouveau verre opacifiant intelligent.
  • Pour d’autres exemples : se référer au document en lien »

OL : Quels sont, selon vous, les grands défis pour les SATT en France dans les années à venir, et comment Conectus compte-t-elle y contribuer, notamment en matière de souveraineté technologique et de compétitivité industrielle ?

AP : « Le principal défi pour Conectus est d’être visible de plus de chercheurs, pour augmenter le nombre de projets, en lien avec ses partenaires tels que le pôle universitaire d’innovation Alsace.
D’autre part, de continuer à investir dans des technologies disruptives et utiles sociétalement
dans un contexte budgétaire contraint

La contribution de Conectus aux enjeux de compétitivité industrielle et de souveraineté technologique réside dans le maintien de la force de son écosystème collaboratif et de son orientation vers la Deeptech (technologie profonde), même si cela implique des accès au marché plus longs (jusqu’à 15 ans pour certains projets de santé).« 

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